Vous appréciez sans doute comme moi de passer un ou plusieurs jours à Paris pour flâner et apprécier l’architecture de la capitale. Nous allons détailler quelques uns des plus beaux passages parisiens (à mon goût) dans cet article.
Comme vous allez le voir, la plupart de ces lieux sont situés dans les 2e et 9e arrondissements de la capitale. Ces allées couvertes étaient des lieux de grande animation où la beauté architecturale était au service de la vente. Au XIXe siècle, la clientèle aisée appréciait également de s’y réfugier quand il faisait froid ou qu’il pleuvait …
Autour du Palais Royal
La galerie Véro-Dodat
Je me demandais d’où venait le nom de cette galerie … et je n’aurais pas trouvé toute seule ! Ce sont les noms des deux charcutiers qui décidèrent de construire cette galerie entre les rues du Bouloi et Jean-Jacques Rousseau. L’illusion de profondeur donnée par la trame diagonale des dalles en marbre noir et blanc sur le sol est bluffante, on dirait que la galerie est plus longue que 80 mètres.

On retrouve les ornements qui s’inspirent de la thématique habituelle dans ces édifices voués au commerce, comme la lyre à la base des pilastres, ou la corne d’abondance sur les luminaires supérieurs.



La galerie Vivienne
Maître Marchoux, qui était le président de la Chambre des Notaires, souhaitait construire la galerie la plus belle et la plus attractive. Il habitait déjà dans ce quartier d’affaires, et fit l’acquisition tout d’abord d’un hôtel et de la maison mitoyenne, rue Vivienne. C’est à l’architecte François-Jacques Delannoy, formé à l’école de l’Empire, qu’il confia ce projet luxueux, un passage couvert inauguré en 1826.


Il associa pilastres, arcs et corniches, aux différents symboles de la réussite (couronnes de laurier, gerbes de blé et palmes), de la richesse (cornes d’abondances) et du commerce (caducée de Mercure). Ce passage couvert attira bon nombre de chalands grâce à ses boutiques de bottier, tailleur, marchand de vin, d’estampes, libraire …

La réalisation du sol fut confiée à Giandomenico Facchina, un mosaïste italien formé à Trieste et à Venise. Il fait breveter sa technique à l’INPI, celle-ci consiste à préparer des panneaux de mosaïque au préalable à l’atelier sur un carton souple, ce qui facilite le travail et permet une réduction considérable des coûts. Il intervient sur bon nombre de monuments ou édifices parisiens, dont le Palais Garnier , le Printemps Haussmann, le Bon Marché, le Petit Palais, et plusieurs musées.
Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise


La galerie Colbert
Voici une galerie dont le but était de concurrencer celle dont je viens de vous parler juste plus haut, la galerie Vivienne. Pour ce faire, une société spéculative, Adam & Compagnie, acheta à l’État un ancien hôtel, construit par Louis Le Vau, qui avait appartenu à Colbert, puis au régent Philippe d’Orléans. À sa place, ils créèrent en effet le haut lieu des rendez-vous galants sous la Monarchie de Juillet.
L’architecte Jacques Billaud a inspiré de nombreux de ses pairs dans toute l’Europe, son idée de vaste rotonde éclairée par un dôme en verre a fait des émules. Dans la galerie Colbert, un magnifique candélabre en bronze portant une couronne de sept globes de cristal éclairés au gaz se trouvait sous ce dôme. Hélas on l’a remplacé par une statue en 1822, qui n’était d’ailleurs plus là quand je suis passée en 2026. De gros globes lie de vin et blancs suspendus au plafond, des canapés, mais plus de statue dans la pièce ronde du fond.



La galerie Colbert a rouvert en 2025, après 18 mois de travaux, supervisés par l’architecte Pierre-Antoine Gatier. On y trouve maintenant deux écoles, l’Institut National de l’Histoire de l’Art, et l’Institut National du Patrimoine, mais pas de commerces. L’accès reste cependant libre, et bien pratique pour faire une pause, il y a des banquettes le long des murs pour s’asseoir. Vous pouvez aussi déjeuner ou dîner au restaurant Grand Colbert, dont la salle a beaucoup de charme.
Autour des grands boulevards
Le passage des Panoramas

Nous sommes à proximité du Palais Royal et il faut remonter à 1799 pour que Thayer fasse construire deux tours dans lesquelles il installa ses panoramas. Puis il décida d’ouvrir un passage qui facilitait l’accès au boulevard, en gardant les passants à l’abri de la pluie et de la boue. Ce fut un grand succès en raison de son emplacement, proche de la Bourse, et du théâtre des Variétés qui vint s’y adosser en 1807.

En 1816, on y fit l’essai du premier éclairage public au gaz …. On y trouve encore la boutique du graveur alsacien Stern et si vous vous arrêtez au restaurant « Canard et Champagne », vous pourrez admirer le plafond à caissons ainsi que des éléments de décor de l’ancien chocolatier François Marquis, fournisseur de la cour royale, qui occupait les lieux il y a 200 ans.
C’est donc un des plus anciens passages, qui a conservé ses vieilles enseignes en bois …. et mérite le détour !
Le passage Jouffroy
C’est le premier passage entièrement construit en fer et en verre, et également le premier à bénéficier d’un chauffage par le sol ! Si vous y prêtez attention vous verrez d’ailleurs des rosettes de fer sous vos pas, qui diffusaient la chaleur.
Il a la particularité d’être constitué de deux galeries, reliées par un petit escalier, ceci afin de s’adapter à la pente du terrain.



L’hôtel Ronceray occupe les étages supérieurs, sous pavillon Best Western ; au début de son histoire, cet établissement s’appelait l’hôtel de la Terrasse Jouffroy, où paraît-il Rossini aurait séjourné.
Plus insolite, le petit hôtel Chopin (où le compositeur polonais né non loin de Varsovie n’a jamais séjourné) vous accueille également, avec une chambre qui surplombe l’alignement du passage.
Deux pendules presque identiques, signées « J. Wagner Neveu » portent la mention de l’année 1846, cet horloger est responsable d’autres réalisations pour des édifices de Paris.

Le passage Verdeau
Ce passage parisien se situe dans le prolongement du passage Jouffroy, côté rue de la Grange-Batelière, au nord. On y retrouve un style néo-classique tardif, à la mode à cette époque (1847). Le négociant Jean-Baptiste Ossian Verdeau a laissé son nom à ce passage ; il était l’un des principaux actionnaires de la société avec Félix Jouffroy, qui possédait cette voie.
Il est beaucoup moins long que le passage Jouffroy, avec « seulement » 75 mètres.


Le passage des Princes situé Boulevard des Italiens est hélas fermé depuis 2022, avec le départ du magasin Joué Club la même année. Des travaux sont paraît-il en cours, on espère une réouverture prochaine … J’ai pu faire une photo à travers la grille …

Le passage Choiseul
Voici le plus long des passages parisiens, avec une belle allée de 190 mètres ; son entrée en photo ci-dessous se situe rue des Petits Champs, construite par l’architecte Tavernier en 1825. À l’origine, c’est la banque Mallet

Début 2017, cette arcade a fait l’objet d’une importante rénovation : le sol a été renforcé et le carrelage a été remplacé par du marbre, mettant en valeur cette enfilade d’arcades sur pilastres à chapiteaux ioniques. La loggia (à droite ci-dessous) est un des rares éléments qui de l’hôtel particulier de Gesvres, le seul qui reste des quatre hôtels qui se trouvaient ici. Celui-ci abritait paraît-il l’un des tripots les plus célèbres de la Régence.

Signe particulier du passage Choiseul ? On y trouve un théâtre, celui des « Bouffes parisiens », ou plutôt sa sortie secondaire, depuis 1857. On peut mentionner également que le premier éditeur de Paul Verlaine avait sa librairie dans le passage.

Les établissements Claude Lavrut existent encore, ils sont spécialisés dans la vente de matériel et fournitures artistiques, pour les beaux-arts, le bureau ou les loisirs. Une maison centenaire de qualité !

⇒ Le saviez-vous ? la maman de Louis-Ferdinand Céline avait une boutique de « nouveautés au numéro 67 dans ce passage, et il y vécut enfant de 1899 à 1907. Il l’évoque même dans son livre « Mort à crédit », l’appelant « passage des Bérésinas »
Dans le quartier de Montorgueil
Le passage du Grand-Cerf
C’est une des plus hautes galeries parisiennes, surplombée d’une magnifique verrière, construite à la place du terminus des diligences des messageries royales, une maison qui s’appelait « roulage du Grand cerf », et qui fut détruite en 1825. Il est assez long, 113 mètres, avec de jolies boutiques à l’intérieur, dont deux merceries / vente de laine.
Deux trophées couverts de toiles d’araignées et de poussière, un cerf et un sanglier, accueillent le promeneur, indifférents …. je me demande depuis combien de temps ils sont accrochés là ….


Il est composé d’une structure en partie métallique, qui permettait de construire deux niveaux de façade entièrement vitrée. L’habitation ne commence qu’à partir du troisième étage.


Ce passage a été délaissé pendant de nombreuses années, mais réhabilité en 1990. Si vous avez envie d’un petit remontant, le petit coffee shop Nami se trouve sur la droite de l’entrée rue Saint-Denis. N’hésitez pas à relire mon article sur les meilleurs coffee shops à Lyon !
Dans son prolongement, le passage du Bourg l’Abbé, plus modeste (47 mètres de long seulement), ne manque pourtant pas d’intérêt. Un atelier superbe de menuiserie s’y cache en effet ; lors de mon passage, plusieurs stères de bois attendaient dans l’allée d’être utilisées par l’atelier du dernier ébéniste du centre de Paris, Ivan Lulli.

De chaque côté de la porte du passage dessinée par l’architecte Henri Blondel (également responsable de la Bourse du Commerce), deux belles cariatides sculptées par Aimé Millet. Elles représentent l’Industrie et le Commerce. À l’intérieur, certains éléments ont été conservés, comme l’entrée de la loge où se trouvait la concierge, où les accès aux appartements (« Escalier A » «Escalier B »). Il est dommage qu’un filet dissimule une partie du baromètre signé « Dutrou » installé au milieu de la galerie, qui fait face à une pendule.



Dans le quartier République
Le passage Vendôme
Ce n’est sans doute pas le plus beau mais il garde quelques marques des commerces qui y étaient installés et j’ai trouvé cela assez touchant. Il fut construit en 1827 à la place du passage du Jeu de Paume, qui se trouvait à l’emplacement du couvent des Filles du Sauveur.

L’emplacement était exceptionnel (sur le boulevard du Temple) et l’éclairage suffisant, mais le passage était peu fréquenté, et fut rapidement ignoré. Les travaux du baron Haussmann entraînèrent des modifications sur les voies proches, et il fut amputé de quatre mètres durant le second Empire.
Si cet article sur les passages parisiens vous a plu, je vous suggère de le sauvegarder dans un de vos boards Pinterest pour un prochain séjour parisien …



6 réponses sur « Les plus beaux passages parisiens »
j’en connaissais quelques uns, mais pas tous ….
super, lequel est ton préféré ?
difficile de choisir ils sont tous magnifiques !
je suis d’accord, Paris regorge de beaux passages et chacun a son charme !
Bonjour, nous traversions il y à encore 15 jours la galerie Vivienne en sortant de notre petit tour au Palais Royal. Nous connaissons la galerie Véro-Dodat, les passages des Panoramas, Jouffroy, Verdeau, mais alors pas du tout la galerie Colbert.
De beaux exemples d’architectures qui ont défiés le temps.
Philippe.
Comme je le disais dans l’article, la galerie Colbert manque un peu de vie désormais, en raison de l’absence de commerces. Mais si vous êtes dans le coin, pourquoi ne pas y faire un petit tour ?