Saint-Pierre

Lors de notre séjour en Martinique en janvier 2021, nous avons choisi Saint-Pierre comme base pendant notre deuxième semaine sur l’île. Ce fut il me semble un bon choix, pour explorer le nord de l’île et la côte Ouest.

Cette ville, située au pied du célèbre volcan la Montagne Pelée, était surnommée « le petit Paris des Antilles » au début du XIXe siècle, et la véritable capitale économique (c’était un important port de commerce) et culturelle de l’île. On y trouvait vingt rhumeries, une fabrique d’allumettes, l’électricité, le téléphone …

Saint-Pierre fut ravagée par l’éruption de mai 1902 en pleine campagne électorale, et ne connut jamais la même popularité. N’y habitent désormais qu’environ 5000 Pierrotins.

La ville est traversée par deux rues principales, toutes les deux à sens unique, l’une allant du nord au sud et l’autre inversement. Au XIXe, un tramway hippomobile reliait le quartier du Mouillage au quartier du Fort, un mode de transport assez inédit à l’époque.

Que vous soyez piéton ou au volant d’une voiture, méfiez-vous des redoutables caniveaux, très profonds et véritables ornières, bref, regardez où vous mettez vos pieds ou vos pneus !

Dans cet article city guide sur la ville de Saint-Pierre, nous allons voir :

  • la cathédrale ou église du Mouillage
  • le musée Franck A. Perret ou mémorial de la catastrophe de 1902
  • les ruines du théâtre
  • le cachot de Cyparis
  • les vestiges de l’église du Fort
  • les ruines du quartier du figuier
  • le marché couvert
  • la vue sur la Montagne Pelée
  • la distillerie Depaz

Commençons par le quartier du Mouillage, au sud, dont l’origine du nom est simple ; c’est en effet ici qu’au XVIIe siècle les bateaux jetaient l’ancre. On peut voir d’ailleurs ces percées ponctuées de larges marches, des ruelles tracées perpendiculairement à la côte, qui permettaient d’acheminer les marchandises qui transitaient quotidiennement par la place. On les appelait les calles, sans doute une origine espagnole …

L’imposante co-cathédrale Notre-Dame de l’Assomption ou ancienne église du mouillage a changé d’apparence par rapport à sa première construction en 1654, et elle attirait de nombreux fidèles, de par ses liens avec le monastère Dominicain de l’époque. La rade de Saint-Pierre fut bombardée en 1667, et elle fut bien endommagée, mais reconstruite partiellement, avec surtout la construction du clocher seulement en 1816. Une photo est présente sur un panneau et on a du mal à la reconnaître … En effet, après l’éruption de 1902, seule la partie basse est demeurée à peu près intacte, tout le reste s’est effondré en raison des nuées ardentes. On la désignait donc à l’époque comme « Cathédrale », mais elle n’a plus ce statut puisque c’est à Fort-de-France qu’on trouve la cathédrale Saint-Louis. Les étages supérieurs ont été rajoutés en 1923-24, d’un style très différent de celui d’origine. Derrière l’église se trouve le cimetière du Mouillage, et l’ossuaire qui contient les restes des victimes, et le monument commémoratif du 1902.

eglise du mouillage martinique saint pierre

Sur la place Bertin s’élève un joli bâtiment en bois, reconstruction à l’identique et sur ses fondations d’origine de l’Ancienne Chambre du Commerce et d’Industrie . Une petite info très utile : c’est là que se trouve maintenant l’office du tourisme (bon à savoir car pas signalé du tout en ville, on peut chercher un moment !). Celle-ci trônait déjà sur la place avant la catastrophe, et sa reconstruction date de 1992

villa sainte anne saint pierre martinique

Egalement sur la place, le marché couvert vaut une petite visite, même s’il n’est pas très grand (d’autres stands débordent sur la place également). Il est ouvert tous les matins, mais le samedi vous y trouverez pas mal de marchands de poissons.

saint pierre marché couvert

fruits legumes antilles

Faites un petit tour sur le ponton pour profiter d’une très belle vue sur la Montagne Pelée et sur l’ensemble de la rade de Saint-Pierre.

rade baie saint pierre martinique

Le Quartier du Fort est situé plus au nord ne manque également pas d’intérêt, comme nous allons le voir ; il se situe au nord de la rivière Roxelane.

Cette belle montée d’escalier est quasiment tout ce qu’il reste du théâtre (rue Victor Hugo). Ce prestigieux monument était vanté au XIXe siècle pour son architecture copiée sur celle du théâtre de Bordeaux. Il pouvait accueillir 800 spectateurs (répartis sur trois niveaux), une taille inédite aux Antilles à cette époque. Il est émouvant d’y fouler le dallage, de monter les marches de cet escalier … On distingue néanmoins grâce aux plans affichés, l’emplacement de la fosse, de la scène et aussi des coulisses. Il fut construit en 1786, mais rebâti en 1819 ; on y jouait les plus grands opéras et les principales pièces du répertoire de l’époque, mais un déficit important l’avait obligé à fermer en 1901, un an avant la catastrophe.

saint pierre theatre ruines

Cette statue couchée, en haut de l’escalier, à droite, date de 1917 et symbolise Saint-Pierre se relevant de ses cendres, par la sculptrice Madeleine Rouvray. Elle n’est pas très mise en valeur car installée dans un coin …

ruines theatre saint pierre martinique

Depuis le théâtre, on a une belle vue sur la Montagne Pelée et son chapeau de nuages … en fait pendant notre semaine de séjour nous l’avons vue très souvent avec le sommet dégagé, ce qui pourtant me semblait assez rare.

ruines du theatre de saint pierre martinique

En contrebas, on aperçoit les vestiges de la prison ; je vous conseille de retourner sur vos pas, rejoindre le bord de la rue et vous engager immédiatement dans l’impasse à droite qui y donne accès.

prison saint pierre martinique cachot

Voici (on le suppose) l’ancien cachot de Louis-Auguste Cyparis, seul survivant, selon la légende, de la catastrophe de mai 1902. Cet ivrogne avait été emprisonné quelques jours avant l’éruption, pour avoir été impliqué dans une bagarre au couteau, fut grièvement brûlé et ne sortit de sa geôle que trois jours après l’éruption. Les murs épais du cachot l’ont sauvé … Cette théorie est cependant remise en question par certains, qui supposent plutôt que c’était un pilleur venu voler quelques biens sur les ruines, et qui a inventé cette histoire lorsqu’il fut surpris par des gendarmes. Toujours est-il qu’il travailla ensuite dans des cirques, dont le célèbre Barnum, exhibant ses cicatrices, mais, exploité et épuisé, il mourut à Panamá à seulement 45 ans, abandonné par le cirque. Ce ne fut d’ailleurs pas le seul survivant, mais l’autre sombra dans l’anonymat après avoir été soigné de ses blessures à Fort-de-France ; il s’appelait Léon Compère, et il était cordonnier.

cachot de cyparis saint pierre

Non loin, nous avons visité le musée Franck A. Perret qui auparavant était dédié purement à la vulcanologie ; il a été remanié récemment et rebaptisé « Mémorial de la catastrophe de 1902« , avec un look et une muséographie plus moderne. Ce musée est petit mais nous l’avons trouvé plutôt intéressant, surtout pour voir les objets du quotidiens figés à jamais par la lave échappée de la montagne en éruption. Un audio guide est fourni avec le billet d’entrée, je ne sais pas si je vous recommande de le prendre car les textes entendus n’ont rien à voir avec les vitrines correspondantes numérotées, ce qui est assez déroutant.

Contrairement aux idées reçues, la ville ne fut pas ensevelie sous des coulées de lave ou des dépôts. Elle fut détruite par le souffle de nuées ardentes et les retombées du nuage volcanique associées. Il n’y eut que quelques centimètres de débris au nord de la ville, et quelques millimètres au sud. Cette nuée ardente a progressé à la vitesse d’environ 500 kilomètres/heure, renversant le phare, les statues, et la plupart des édifices.

musée perret saint pierre martinique

Franck A. Perret était un ingénieur, inventeur et entrepreneur américain accompli, né à Philadelphie ; il a parcouru le monde et c’est surtout un séjour en Italie près du Vésuve qui a fait naître en lui la passion pour la vulcanologie. Lorsqu’il rejoint la Martinique en 1929, alors que la Montagne Pelée connaît un regain d’activité, il l’équipe d’outils d’analyse et de surveillance qui seront très utiles et vont rassurer la population. Ce musée ouvre en 1933 et fut rénové en 1969, puis en 2018 à nouveau, avec une approche plus culturelle de la catastrophe, qui met en avant l’expérience vécue par les Martiniquais à l’époque, et son retentissement mondial. Cette nouvelle version du musée dessinée par l’architecte Olivier Compère ouvrit ses portes aux visiteurs le 8 mai 2019.

Les noms de toutes les victimes sont écrits sur les murs, la catastrophe a fait environ 28 000 morts … il y a eu pourtant de nombreux signes avant-coureurs les jours précédent l’éruption, détonations, éclairs, pluie de cendres, légères trépidations …. mais, préoccupés par le second tour des élections législatives, les candidats et les habitants n’ont pas fui et vers 8 heures du matin, la ville fut rayée de la carte.

memorial eruption 1902 saint pierre

Montre à gousset, instruments de musique, vases, jumelles … on y voit même la grille du cachot dit de Cyparis.

memorial catastrophe 1902 perret saint pierre

La cloche fendue de l’église Saint-Etienne du centre (en bronze) donne une idée de la violence de cette nuée ardente. On apprend également que de nombreux bateaux qui étaient ancrés dans la rade de Saint-Pierre ont été détruits ; ce sont des épaves que les friands de plongée peuvent explorer désormais. Seul un navire, ancré à distance, en réchappa : le Roddam de la Quebec Steamship Company réussit à rejoindre l’île voisine de Sainte-Lucie, avec 20 membres d’équipage sur 46, 26 ayant péri. On pense que la nuée ardente avait une température de 1100° au départ du cratère et environ 200°C après 6 kilomètres parcourus, atteignant la ville.

cloche eglise saint pierre eruption musee

Mémorial de la catastrophe de 1902 (musée Franck A. Perret) – ouvert tous les jours de 9 h à 18 h
Tarif adulte : 8 euros (enfant 7 à 17 ans : 6 euros – gratuit pour les moins de 7 ans)
169 rue Victor Hugo

A côté, l’ancienne batterie Esnotz : des canons pointés vers la mer rappellent qu’à cet emplacement un fort protégeait les Pierrotins des éventuels assaillants venus de la mer.

batterie esnotz saint pierre martinique

En contrebas, on peut se promener dans les ruines des maisons de commerce de l’ancien quartier du Figuier, commodément installées près de la mer, plus facile donc pour y acheminer les marchandises apportées par les bateaux. Outre des entrepôts et magasins, le lieu avait pour réputation d’héberger aussi des maisons closes et les cercles de jeu de Saint-Pierre, considérée à l’époque comme la ville la plus immorale de la Caraïbe.

saint pierre quartier figuier commerce

saint pierre quartier figuier

Non loin de là, on se dirige vers les vestiges de l’église du Fort, un lieu assez émouvant, puisqu’il ne reste quasiment rien de ce qui fut le premier édifice religieux de l’île. On y voit encore tout de même les soubassements, et plusieurs blocs de pierre calcinés, éparpillés sur le sol. Le 8 mai 1902, l’église était pleine de fidèles venus prier la Vierge de les sauver, aucun ne survécut. On distingue l’autel et le choeur de style jésuite dans tous ce fatras de pierres.

ruines église du fort saint pierre martinique

Une partie de la façade, soufflée par l’explosion, gît dans la rue Deschiens, et de nombreux morceaux de colonnes ou de statues de saints sont à même le sol. Le site est peu mis en valeur mais heureusement l’herbe avait été tondue peu avant notre passage. Le site est libre d’accès.

martinique eglise du fort statue ruines

eglise fort ruines colonnes

Suite à l’éruption, la baie de Saint-Pierre est très riche en épaves, un régal à explorer pour ceux qui pratiquent la plongée. Nous sommes souvent allés nous baigner à la plage de sable noir de l’Anse Turin, proche du centre ville, observant les nombreux petits crabes qui apparaissent et disparaissent dans leur trou. C’est là qu’on peut voir même sans équipement (en mode « snorkeling ») la sculpture sous-marine « Manman Dlo » ; c’est une sculpture en béton de plus de 20 tonnes de Laurent Valère, au regard tourné vers la montagne pelée. Elle n’est qu’à 9 mètres de fond et environ 30 mètres du rivage et de nombreux petits poissons ou oursins se sont logés dans les entrailles de cette sirène immobile.

anse turin plongee saint pierre sculpture

A deux minutes du centre de la ville et toujours sur la commune, la distillerie Depaz est une visite très intéressante, où l’on peut voir l’ancienne distillerie mais aussi le « château », reconstruit à l’identique car après la catastrophe, toute la famille Depaz a disparu et c’est Victor, qui faisait à ce moment-là ses études à Bordeaux, qui a redonné vie à l’exploitation.

rhum distillerie depaz saint pierre

distillerie rhum depaz saint pierre

Je vous invite à lire mon article « Le rhum en Martinique » pour en savoir plus sur les distilleries de l’île, et sur celle-ci !

Distillerie Depaz – Plantation de la Montagne Pelée – Ouvert du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 16 h 30 (entrée gratuite mais visite du château payante)

Où manger ?

Tout près de l’office du tourisme et du marché couvert se trouve un restaurant avec une belle pièce terrasse ouverte sur l’extérieur (mais couverte) et surtout avec vue sur la mer … Il s’agit de La Vague, où l’on se régale des classiques créoles : acras, poissons grillés, ragoût de lambi, colombo de poulet …. etc  Et pour faire glisser tout ça, une petite BAM bien fraîche !

saint pierre martinique la vague

manger saint pierre restaurant

La Vague – rue Gabriel Péri (ouvert tous les jours pour le déjeuner et le dîner)

Où prendre un café ?

Nous avons choisi de prendre le dessert pas très loin au Créole Arts Café, une très bonne adresse ouverte seulement quelques mois auparavant. Je vous recommande vivement d’y aller, même sans consommer, pour voir les œuvres exposées au premier étage sur plus de 100 m² ou peut-être vous laisser tenter par les articles d’artisanat local ou épicerie fine. Qui plus est l’accueil y est souriant et sympathique ! On peut aussi y déjeuner, ils servent des plats simples mais très bons, pour caler un petit creux.

Pour la petite histoire, sachez que la maison où le café est maintenant installé est la première à avoir été reconstruite après l’éruption de 1902, et vous pourrez la voir en photo au musée mémorial Franck A. Perret.

martinique cafe creative arts galerie

creole arts cafe saint pierre

Créole Arts Café – 103 rue Victor Hugo – ouvert de 9 h à 16 h sauf le dimanche

Nous avons beaucoup aimé séjourner près de Saint-Pierre, j’espère vous avoir donné des idées de visite, mais si vous avez d’autres adresses à me confier, s’il vous plaît vous pouvez les partager dans les commentaires.

visite saint pierre martinique

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