Andorre : musée du tabac

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On continue notre périple en principauté d’Andorre, avec la visite d’un musée qui fut une très belle surprise, le musée du tabac. Jusqu’à mon voyage ici je ne savais pas que la culture du tabac avait occupé une place aussi importante pour les andorrans.

Cela justifie donc, même si les temps ont changé, qu’on rende hommage à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont vécu de cette plante aux XIXème et XXème siècles. Ce musée raconte, dans cette ancienne fabrique de la famille Reig, la vie des ouvriers, l’histoire du tabac, la façon dont ils vivaient, eux et leur famille.

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Le musée se trouve en lieu et place de l’ancienne fabrique de tabac REIG, à Sant Julià de Lòria, tout près d’Andorre la Vieille. Celle-ci fut en activité de 1902 à 1957, et un magasin était situé à côté de l’usine.

De façon surprenante, le gouvernement, pour ne pas pénaliser les planteurs de tabac, continue à acheter la récolte, même s’il n’y a plus de fabrication. Cette petite récolte est vendue à des fabricants de cigarettes à l’extérieur de l’Andorre.

Le parcours commence par un film qui, avec la voix des ouvriers qui ont travaillé dans cette fabrique, raconte la vie autour de cette fabrication, de la récolte à la commercialisation en passant par la manufacture.

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Nous passons de salle en salle, avec une scénographie pas mal faite du tout, pour maintenir notre intérêt grâce au son, à la lumière, et la mise en scène des anciens outils ou machines utilisées. Les ouvriers cardaient le tabac haché avec des peignes, et enlevaient la poussière des feuilles avec une machine à ventiler.  Les feuilles de tabac étaient étalées au soleil, retournées régulièrement. On fabriquait aussi du « scaferlati », du tabac brun haché, qui séchait à l’ombre, dans un grenier ; mais comme ce dernier était plus difficile à sécher, le « maître » avait acheté un torréfacteur, et les tabacs sortaient donc plus bruns ou plus blonds suivant le type de feuilles, et comment ils avaient fermenté et séché. Les fabricants faisaient des mélanges de différents type, et y ajoutaient des arômes.

Ici, dans une vitrine, les différentes essences qui étaient ajoutées au tabac (comme celle de réglisse, cèdre ou de trèfle), selon une formule et un dosage que seul le maître connaissait. Cela donnait un bon goût au tabac, et une odeur plaisante.

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Voici une scène de l’époque : le rôle des femmes était principalement de trier et de secouer les feuilles pour enlever les brindilles. (ils n’étaient dehors que pour la photo, la lumière était en effet insuffisante à l’intérieur pour photographier)

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Autour de l’escalier principal du musée, ces grandes photographies sont assez émouvantes, représentant des personnes de tous âges, qui ont travaillé ou dont les parents travaillaient dans la fabrique de tabac REIG.

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Tout au long de la visite, ce sont les voix (en français) de membres de la famille propriétaire, ou d’ouvriers et ouvrières qui y ont travaillé, qui nous racontent leur vie de l’époque.

Voici une machine qui coupe les feuilles :

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Pour faire les tablettes de tabac haché, on devait peser le tabac, le mettre dans des moules en bois et le presser avec des presses (et l’aide des hommes), puis il était emballé par les femmes : il y en avait de différents poids : des paquets de 50, 100 grammes, de qualité « extra » ou « supérieure » et des marques différentes : la Dorada, ABC, la Carmela, Rigo, Reig … la Habana, el Conseller, el Camelo …  Tout était fait à la main, et il fallait aller très vite !

J’ai trouvé très beaux paquets de cigarettes de la marque, blanc et or que le « maître » fasisait venir de Barcelone … Le travail d’empaquetage des cigarettes était plutôt confié aux femmes, et il était payé à la pièce. Un film projeté relate aussi la période de la guerre d’Espagne, et de la contrebande de tabac (il y avait des restrictions douanières bien sûr). Certains risquaient leur vie en transportant sur le dos de gros balluchons de tabac à travers les montagnes en direction de la France ou de l’Espagne … il fallait être fort et courageux ! Les gendarmes et les carabiniers les poursuivaient, ou concluaient des accords pour éviter de se rencontrer 😉

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Sur ce bureau, des paquets de différentes marques, avec parfois des emballages très colorés !

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Bizarre cette machine pour rouler les cigarettes ! C’est la « rouleuse ». Un peu d’amidon servait de colle pour « fermer » la cigarette.

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Les machines les plus rapides faisaient jusqu’à 2000 cigarettes par heure … Un peu plus tard, avec l’arrivée des marques américaines, la fabrique a produit sous les marques « Lucky Strike » ou « Chesterfield ». Reig fabriquait aussi des cigarillos « caliqueños » ; vous vous doutez bien que les plus belles feuilles sont gardées pour faire la « robe » des cigares ; il fallait avoir des doigts très experts, sinon ils ne « tiraient » pas ! Autre type de cigares fabriqués, les « toscans » ; des noms cubains étaient apposés sur les étiquettes pour faire plus « chic » :-)  On appelait d’ailleurs les femmes qui en fabriquaient « les cigarières » : elles en faisaient aussi chez elles, aidées des enfants.

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Mais la cigarette c’est aussi à partir des années cinquante du packaging, du marketing, de la publicité … pour séduire le consommateur. Cette partie-là est aussi très intéressante, et on peut voir sur un écran différents spots publicitaires, où les stars du cinéma étaient également présentées comme des modèles à suivre …

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Les choses ont bien changé depuis une trentaine d’années : la nouvelle industrie du tabac andorrane importe du tabac blond de l’étranger et fabrique des cigarettes sous patente des concessions des firmes nord-américaines. C’est le début du « blend of USA » : du tabac de marque américaine fabriqué au pays. Mais cette introduction massive de tabac étranger perturbe le paysage économique de la principauté. Quand les agriculteurs commencent à voir la production de leur tabac en danger, ils demandent des impôts et des mesures protectionnistes, mais les fabricants veulent vendre à l’extérieur, et ont besoin de liberté d’importation et d’exportation. Comme les deux secteurs sont importants sur la scène politique du pays, en 1974 ils arrivent à régler le conflit par un accord. Pendant quelques années on favorise l’essor des exploitations agricoles de tabac : on mécanise, et on embauche des gens pour en planter et en cueillir … mais en réalité, le tabac cultivé au pays est de moins en moins utilisé, et on s’en sert comme engrais, et même parfois on le brûle. Tout cela fait que peu à peu finalement, la culture du tabac en Andorre devient peu à peu une sorte d’agriculture fictive et actuellement, le gouvernement, les fabricants et les agriculteurs se demandent s’il faut continuer ou non dans cette voie.

Je vous recommande ce musée où j’ai aimé évoluer dans la bonne odeur des feuilles de tabac, apprendre sur le processus de production, les procédés de fabrication, et la manufacture, sur trois niveaux. Pour le prix d’un paquet de cigarettes (en France), on ressort bien plus instruit !

MUSEO DEL TABAC
Calle Doctor Palau, 17
AD600 SANT JULIA DE LORIA
Téléphone : 376 741 545
Site Web : http://www.museudeltabac.com/
Entrée : 5 euros

 

7 commentaires

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    Merci pour cette visite virtuelle du musée. Si je n’avais pas lu ton article, je ne me serais certainement pas intéressé à ce musée si l’occasion d’aller à Andorre se présentait (le tabac et moi, ça fait 36. Je supporte avec grande peine l’odeur de la cigarette), mais finalement, c’est super intéressant vu que ça traite de toute la culture et de la vie qu’il y a eu autour. (:
    Et puis les paquets : il y en a de magnifiques dans les anciens !!

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    D’après les commentaires , je voie que des filles ! Pour ma part je collectionne depuis plus de trente ans tous les objets du fumeur . Il n’est pas impossible qu’un jour j’ouvre un musée du tabac mais pour l’instant je continu ma quête du savoir ; et , habitant près de  » FORT BOYARD  » en Charentes-Maritime , je ne manquerai pas d’aller visité ce musée !

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